Sites et applications de rencontre : De quelle fai§on les rendre moins sexistes et inegalitaires ?

March 16, 2022 Off By Virgil Olson

Sites et applications de rencontre : De quelle fai§on les rendre moins sexistes et inegalitaires ?

Devenues banales, les applications de dating ont toutefois un modele economique et des metriques qui favorisent 1 modele sexiste et inegalitaire. Serait-il possible de renverser la vapeur ? Mes pistes de Jessica Pidoux, sociologue suisse experte des sites de rencontre.

En dix annees, les applis de dating et les sites de rencontre paraissent devenues un mode de socialisation amoureuse incontournable. On se rencontre bon nombre moins dans un bar ou au travail qu’en “swipant” puis en “matchant” dans Tinder ou Happn. Mais tout irait beaucoup si le mode de fonctionnement des plateformes ne laissait gui?re a desirer.

L’algo des inegalites

Tout commence avec le modele economique de ces applis, qui reproduit, suivant les sociologues, des inegalites en fonction du sexe. Tinder, la plateforme la plus utilisee et J’ai plus connue, fonctionne avec l’algorithme ELO, deja utilise concernant le “matchmaking” en jeux video online. Dans l’univers du gaming, le systeme analyse le niveau des joueurs et des joueuses, et leur attribue un score afin de les placer dans des parties ni trop faciles ni trop ardues. Sur Tinder, au debut, des scores de “desiderabilite” etaient donnes a toutes les utilisateurs. Apres quelques scandales mediatiques, ils ont fera place a d’autres scores, mais bases sur le nombre de “likes” ainsi que “matches” obtenus.

Or, comme Il existe plus d’hommes i  propos des applis de dating que de dames, ces dernieres raflent plus de likes, donc de matches. Tandis que des utilisatrices croulent sous des messages, nos utilisateurs masculins n’en recoivent que tres minimum. Frustres, certains depriment ou deviennent agressifs au milieu des jeunes filles qui ne un repondent pas (au point que les cas de cyberharcelement concernant Tinder se multiplient), et d’autres mettent la main a la poche. Tandis que pour ces dames, bien reste gratuit (une facon de les inciter a s’inscrire en masse, a sa base).

Les femmes paraissent sursollicitees, nos hommes sont frustres

Selon une enquete menee par deux journalistes du Monde, le taux moyen de match dans la quete d’une relation heterosexuelle est de 50 % Afin de une femme, ainsi, celui d’un homme de 2 %. D’un cote, les femmes paraissent sursollicitees, voire harcelees, ainsi, de l’autre, les hommes sont frustres et doivent donc payer Afin de etre visibles. Tout comme Facebook essaie de garder au maximum ses utilisateurs sur sa plate-forme en faisant des likes Plusieurs “recompenses”, Tinder a recours a “l’economie de l’attention”, et a ainsi fait de la frustration des hommes son gagne-pain. “Tinder travaille avec des specialistes du jeu video pour connaitre comment activer les mecanismes de frustration dans le cerveau des hommes.

Di?s qu’ils ont identifie un profil susceptible de payer (un certain niveau de revenus, un certain niveau d’etudes, etc.), ils le rangent au sein d’ une categorie ou le profil apparait moins. Un coup qu’il achete l’option (Boost ou Gold), son profil reste, d’apri?s le score, soit montre normalement, soit montre nombre plus”, explique Jean Meyer, PDG de Once, une application de dating qui se presente, on le verra, comme une option. “Les gens seront notes a travers des likes collectifs agreges. En fera, l’evaluation vient des autres utilisateurs, votre systeme encourage evidemment par Tinder”, explique de son cote Jessica Pidoux, sociologue et auteure en 2020 d’une these sur les algorithmes des applis de rencontre pour l’Institut des humanites digitales de l’Ecole polytechnique federale de Lausanne (EPFL), en Suisse.

Frustrations et sexisme

L’effet d’un tel systeme base sur la frustration reste evidemment nefaste Afin de la confiance en soi des utilisateurs qui ne recoivent que peu de “likes”, voire jamais de “matches” quand ils demeurent dans la version gratuite de Tinder (et beaucoup de autres applis de dating qui utilisent le aussi modele, de Happn a Adopte Un Mec), tel des utilisatrices qui de leur cote se sentent harcelees. Mais il est aussi nefaste concernant le porte-monnaie des hommes. Car des fonctionnalites “premium” ne semblent jamais non plus donnees. Il faut entre autres debourser, sur Happn , 22,99 € pour 1 mois, pour pouvoir voir qui vous a “like”, passer en mode “invisible” (De sorte i  ne pas etre vu avec le ex, entre autres), ou de cacher certaines infos personnelles. Sur Adopte Un Mec, vous devez payer il va falloir payer 9,99 € par semaine ou 13,33 € avec mois Afin de, tout seulement… lire les messages recus en part des utilisatrices interessees. Qui, de leur cote, ne payent que dalle, mais croulent sous des “charmes” (un autre terme pour dire “likes”).

Cette inegalite en fonction du sexe nourrit un stereotype : celui d’une rencontre entre une femme “passive” et un homme agressif ou CSP+. “Le modele economique en majorite des applications de dating en jeu est sexiste et inegalitaire. Les hommes seuls paient, ou quand meilleurs sites de rencontres sexe nos deux paient, ce sont les hommes qui paient le plus pas gratuit. Ca instaure des rapports de domination : de l’instant que l’homme paye, il va avoir beaucoup plus de pouvoir que ceux qui ne paient gui?re ; hommes ou dames. Ceux qui ne paient pas deviennent le produit, proposees Afin de ceux qui paient. Se cree aussi une division sociale : les plus fortunes sont favorises et trouvent plus vite un mari, ou de ‘meilleurs’ candidats que les autres”, observe Jessica Pidoux. L’inegalite generee concerne donc autant le genre que le i?tre capable de economique.

Selon la sociologue, des algorithmes utilises par la majorite des applis de rencontre (Tinder, puis Badoo, Meetic, Happn, Adopte un mec…) ont recours a une technique d’IA, le machine learning, pour renforcer l’efficacite de leur systeme. Tandis que nos utilisateurs “apprennent a se presenter d’une certaine facon” et nullement d’une nouvelle Afin de augmenter leurs chances, nos applis “apprennent des actions et des preferences des utilisateurs, cela peut parfois conduire a la perpetuation ou a l’amplification des prejuges humains.” Tinder, Prenons un exemple, “recommande des matchs bases sur votre modele patriarcal : le systeme apprend que certains hommes plus ages preferent les profils de femmes plus jeunes avec un niveau d’education inferieur, mais l’algorithme pourrait aussi suggerer le meme modele a d’autres utilisatrices de l’application.” Pour ce motif, “les hommes aises sont plus susceptibles de tomber sur des profils de femmes moins eduquees”.

“Ce modele economique et ce design sexiste et inegalitaire n’est nullement durable”, assene Jessica Pidoux. Mais comment creer un modele plus egalitaire, qui diminuerait ces rapports de domination et ces logiques de genre ? “La responsabilite des firmes derriere ces applis reste enorme. Elles doivent prendre leur responsabilite, etre plus transparentes sur la facon dont les donnees sont collectees (concernant evaluer les utilisateurs et apporter des recommandations), ainsi, inclure les utilisateurs en choix de leur design”, explique la chercheuse.